Repondre aux crises: Lecons apprises de l'Etat l'Urgence silencieux Kenyan

Le Directeur Général Adjoint de l’AMREF, le Dr Florence Muli-Musiime a signalé que les institutions d'urgence locales ainsi qu’internationales, risquent de se tromper dans  l’orientation de leur réponses aux crises humanitaires si elles ne sont pas sensibles aux dynamiques communautaires, qui ne sont pas toujours visibles en temps de bouleversement. Dans un message frappant, à l’intention des centaines de délégués à la 35e Conférence Mondial de  Santé,  qui a lieu à Washington DC, le Dr Muli-Musiime a décrit une "un état d’urgence silencieux", dont personne n’a parlé suite aux violences électorales au Kenya, et dont les implications pour la guérison et l’établissements a des plus graves conséquences pour les développements social et sanitaire d’après les élections, que la situation désespérée des personnes déplacées dans le pays dont on parle partout et toujours.


«Lorsque la crise a éclaté, dit-elle," le thème central du système médical était axé sur atténuer  les blessures physiques, tandis que celle de la communauté des donateurs et les institutions de secours était axé sur les personnes déplacées. Mais nous nous sommes rendus compte qu'il y avait un « état d’urgence silencieux » dont aucun des deux groupes avaient remarqué - celui de milliers de personnes qui étaient coincées dans leurs propres foyers, et qui ne pouvaient pas se rendre à des camps de déplacés parce qu'ils auraient à passer par le territoire ennemi pour y arriver, et qui étaient incapables d'accéder à des services médicaux ou tout autre service de base. Plus grave encore, ils se faisaient régulièrement agresser physiquement et sexuellement dans leur propre foyer sans y pouvoir quoi que ce soit. "


Le Dr Muli-Musiime était un des quatre membres du comité spécial qui discutait la manière dont l’état d'affaires actuel  influent sur les soins médicaux dans la communauté, en mettant un accent particulier sur la récente crise au Kenya. Les autres étaient le Dr Sylvester Kimaiyo, Directeur du programme pour le Modèle Académique pour le Prévention et le Traitement du VIH/SIDA (MAPTV/S); le Directeur Principal de la section Santé et du VIH / SIDA, une section des Programmes Internationaux d’Aide Médicale (PAM), le Dr Peter Okaalet, et M. Salvador de la Torre, Directeur du Conseil de Missions Médicales Catholiques pour le pays, touts basés au Kenya.


Le but de la session, selon la modératrice Sheila Mitchell, Première vice-présidente à l'Institut pour le VIH / SIDA, un institut de « Family Health International », était de tirer les leçons de l'expérience des organisations qui ont travaillé sur le terrain au moment de la crise Kenyane et de formuler des recommandations pour les mesures à prendre dans des situations similaires.


L’AMREF a travaillé pendant de nombreuses années dans une des zones les plus touchées par la violence et la crise humanitaire qui a suivi, il s’agit de Kibera, un vaste bidonville qui abrite près d'un million de personnes.


«Nos partenaires basés dans le nord se sont seulement focalisé sur une fraction de personnes dans le besoin», a déclaré le Dr Muli-Musiime. "Par exemple, seulement 5.000 de 750000 habitants de Kibera étaient dans les camps. Très peu d'organisations – l’AMREF, les Médecins sans Frontières et certaines institutions religieuses - sont restées là où était la majorité des personnes nécessiteuses. Ici, nous avons observé l'émergence de nouveaux défis en matière de santé. L'un d'eux était la violence sexospécifique, qui a été systématiquement utilisée comme outil de promotion de la violence politique. Ensuite, il y avait un effondrement total du système de santé/soins médicaux, et la perturbation de la vie des ménages. Les gens n'ont pas pu passer d'une section de Kibera à l'autre pour accéder, à des services médicaux/de santé, même les plus élémentaires. "Ce scénario se répétait dans toutes les régions où la violence était intense, à savoir dans la Vallée du Rift, en régions de Nyanza et à l’ouest du Kenya.


"Un phénomène très effrayant et qui est difficile à expliquer est la psyché de la violence - il n'avait pas de retenue. En Kibera, où un gang enragé est descendu sur un foyer, violant sexuellement tout le monde sans retenue: hommes, femmes et enfants – cette violence était sans précédent. En Afrique, il n'est pas d'usage que les hommes  admettent avoir violé d'autres hommes, mais cela s'est produit au cours de cette violence. L'aspect le plus effrayant est que tout cela était silencieux, un silence qui a été perpétré par les médias, qui est plus intéressé par la vue du sang, là où il n’y avait pas de sang on ne disait rien. C’était très triste. "


Les programmes du VIH et de la tuberculose ont été gravement touchés. Les systèmes qui ont été mis en place pour surveiller et pour suivre les patients se sont effondrés. En Kibera par exemple, où l'AMREF avait créé un système efficace de contrôle des patients de la tuberculose et du VIH, l'organisation a perdu la trace, dans les deux premières semaines, de 70 pour cent des malades du SIDA et 30 pour cent des patients  de la tuberculose enregistrés à la clinique AMREF et aux groupes de soutien à l’adhérence aux médicaments et au soutien aux ménages. Dr Muli-Musiime a signalé qu’on va surement voir éclater les retombées de cette perturbation dans les mois à venir, car la les effets de manque des doses critiques a touché des centaines de patients à travers le pays.


Partout dans le pays, la crise a eu de lourdes conséquences sur le système de santé/médicaux. L'approvisionnement a été affecté entre deux groupes. Au départ, lorsque la crise a éclaté, le système de santé a très vite réagi, grâce à l’explosion terroriste  de 1998 à Nairobi, ce qui conduit à la création d'un plan d'intervention d'urgence. Le plan a immédiatement réagi lorsque la crise a éclaté en décembre dernier. Les personnes touchées ont été rapidement évacuées et transférés aux hôpitaux, bien que de fois, le personnel médical ne pouvait pas se déplacer librement en raison d'animosités ethniques. Les hôpitaux ont également pu répondre à la crise de manière adéquate pour les deux premières semaines, mais comme les combats se poursuivaient, les fournitures ont commencé à manquer, en particulier des équipements chirurgicaux et des médicaments. Les gens étaient déconnectés des services car ils, y compris les assistants médicaux, ne pouvaient pas accéder à certaines zones,  comme avant, car eux aussi se faisaient attaquer selon les ethnies auxquelles ils appartenaient.


"Notre solution était de travailler sur les deux côtés", a déclaré le Dr Muli-Musiime, de l'AMREF. "Nous sommes allés dans les camps de personnes déplacées et est intervenue pour faire les choses que les organisations de secours ne faisaient pas, comme fournir l'eau et l'hygiène publique, la construction de latrines et de salles de bains, fournir de l'eau potable et le maintien de propreté en nettoyant les camps - ainsi que des services de laboratoire. Au sein des communautés, nous avons réagi en allant là où elles étaient coincées et d’où elles ne pouvaient pas sortir. Cela exigeait un dialogue sérieux, la négociation avec tous les acteurs, travailler avec les ménages, et créer une présence sur le terrain. Au lieu d'attendre que les gens viennent à nous, nous sommes allés à eux. Nous avons mis sur pied des cliniques mobiles dans chaque village, car les gens n’étaient pas libres de chercher des services dans les sections de Kibera habitées par les différentes communautés. Nous avons également eu à négocier avec les communautés pour permettre à notre personnel et nos fonctionnaires de se déplacer dans Kibera en donnant ces services.

Le rôle des médias

Dr Muli-Musiime a exprimé sa grande déception de la manière dont les médias ont traité la crise et les victimes. «J'ai été profondément attristée que les journalistes pourraient être insensibles aux gens dont ils rapportaient. Les médias doivent rapporter incidents douloureux de manière à ne pas amplifier la douleur et des traumatismes qui en découlent. Ils ne doivent pas montrer répétitivement des clips montrant la violence brute, ou l'insensibilité flagrante, en particulier lors de la déclaration sur la violence sexuelle. Lorsque vous demandez à une femme si elle a été violée et elle est entourée de sa famille, elle ne va pas vous dire la vérité en raison de la honte et la peur de oprobre, mais elles nous ont dit en privé ce qu'elles ont enduré. "

Avec l'augmentation des incidents de violence d’agression aux seins des communautés, elle a suggéré l'intégration des soins mentaux/psychologiques et la violence sexospécifique dans tout le travail que faisait l'organisation. "Le principe sous-jacent est l'intégration. Ne créons pas des silos - nous devons faire face aux besoins de santé spirituelle, mentale, ainsi que de la santé physique des personnes. De même, devons-nous éviter de répondre aux crises en nous basant sur les intérêts des différents partenaires, donateurs. Cela ne fait que créer de nombreux systèmes parallèles et distincts au sein d'une même communauté. La communauté internationale est impliquée dans de patchwork, nous voulons créer une mosaïque. "

Le processus de guérison

Le Dr Muli-Musiime a suggéré que la société civile ait un rôle énorme à jouer dans le processus de guérison du pays. "Nous devons tendre la main aux politiciens, interagir avec eux, et  créer des voies de dialogue. Nous ne pourront pas toujours être d'accord avec eux, mais au moins il y aura dialogue. Nous devons également apprendre en tant qu’africains d'apprécier notre diversité, parce que la friction créée par la diversité est nécessaire et nous en avons besoin pour conduire le changement social. Nous devons reconnaître, promouvoir et célébrer les points forts entre différentes communautés. Cela nous incombe également à chacun d'entre nous en tant qu'individus. Nous devons changer nos actions et nos attitudes. Nous ne pouvons pas attendre que les politiciens ou le gouvernement viennent nous réconcilier. Nous devons habiliter les communautés à prendre conscience des problèmes qui sont l'origine des malentendus, afin d’en faire face et  de trouver des solutions par elles-mêmes. L’AMREF estime qu'il ne peut y avoir de progrès dans une communauté, quelque soit le domaine, si les gens eux-mêmes ne s’associent pas pleinement. "


Les participants ont souligné l'importance de mettre en place des plans d'urgence, sans tenir compte des expériences passées du pays. "Le Kenya était un havre de paix dans une région instable, et un refuge pour de nombreuses personnes exilées des pays en difficulté dans la Corne de l'Afrique et de l'Afrique centrale. Personne ne s’attendait à ce qui est arrivé. Il nous a appris que nous devons toujours être prêts, et toujours avoir un plan, en collaboration avec d'autres acteurs sur le terrain. "


La nécessité d'une coordination, de l'honnêteté et de l'intégrité a été aussi soulignée, car de nombreuses organisations et de personnes ont participé à l'action humanitaire, mais il y avait beaucoup de chevauchements d'activités, et même l'exploitation des victimes de la crise.